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Xe CONGRÈS INTERNATIONAL DE LINGUISTIQUE FRANÇAISE

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La linguistique française sans frontières: Aux marges du discours (personnes, temps, lieux, objets)


27-29 NOVEMBRE 2013 CADIX (Espagne), FACULTÉ DE PHILOSOPHIE ET LETTRES

 

Pour cette occasion nous invitons les participants à s'interroger sur les marges du discours, au carrefour de différents champs disciplinaires: la linguistique appliquée, la sémio-linguistique, l'analyse du discours, la linguistique cognitive, la sociolinguistique, l'ethno-linguistique, les études de genre (gender studies), la pragmatique, la linguistique diachronique, l'épistémologie, l'histoire de la linguistique, etc.

L'objectif principal sera de présenter une linguistique curieuse de comprendre l'environnement de l'objet linguistique. Considérant que les mots (les textes, les discours), les connaissances qu'ils véhiculent et les savoirs qu'ils mobilisent sont distribués dans l'environnement (à la fois humain et non humain), ce colloque visera, dans une perspective interactionniste et «écologique», la relation entre les discours, les personnes concernées (Qui parle et qui écoute? Qui écrit et qui lit?, mais aussi toutes sortes de diffuseurs/médiateurs : chercheur.e.s, intellectuel.le.s, traducteur.trice.s, éditeur.trice.s, politicien.ne.s, etc.), les temps et les espaces de production, de stockage et de diffusion des discours. On portera également une attention particulière aux objets et aux ustensiles (manuscrits, livres, dictionnaires, manuels, dossiers et magazines, etc.) et à toutes sortes d’artefacts (technologie, "machines") servant à la fois à la communication humaine et à la recherche en linguistique.

S’interroger sur les marges du discours oblige à réviser les notions du dit et du dire (Ducrot). Il s’avère que, quel que soit l’aspect considéré du discours, ses limites se dessinent non pas comme une ligne mais plutôt comme une zone diffuse. Dans la langue, toute catégorie, tout ensemble, comporte nécessairement une zone de déperdition (Marouzeau) qui rend possible justement les changements et les transferts, assurant ainsi la permanente efficacité de la communication aussi bien que la place nécessaire au dysfonctionnement, à l’erreur, à l’inconscient, aux hésitations, à l’étrangeté (Freud), au non sens, aux émotions, à la beauté, à la pensée illogique et à l’indicible. Il y a toujours un décalage entre ce qu’on pense et ce qu’on dit, entre ce qu’on veut dire, ce qu’on peut dire et ce qu’on doit dire. Le discours fait apparaître par ailleurs une zone diffuse entre le Moi et le Soi, aussi bien qu’entre le Moi et l’Autre. Car si dire, c’est bien agir sur l’autre (Bally), il y a toujours la tyrannie de l’autre qui détermine la quantité, la qualité et la manière de ce qu’on dit (Grice).

Ce colloque se propose donc comme une invitation à réfléchir sur les marges du discours, en cherchant à comprendre où, quand et comment il cesse d’être discours pour devenir quelque chose d’autre. Nous invitons également à analyser comment se structurent les lieux par différenciation des discours (ou l’inverse ?) et comment ces lieux (physiques ou virtuels) déterminent les formes d’interaction et contribuent, ensemble avec les discours, à la construction de l'identité (individuelle et collective) et de la mémoire interdiscursive (Courtine, Moirand). Le défi est d’approcher notre objet d’étude (le discours) en l’esquivant, afin de pouvoir l’examiner avec la distance nécessaire, pour mieux considérer ses contours. Car une très large part de la difficulté de l’objet linguistique tient précisément à la perméabilité de ses frontières.

 

Les séances du colloque seront organisées autour des quatre axes proposés dans le titre. Plusieurs questions particulières, détaillées ci-dessous sans exclusive, peuvent être envisagées comme pistes de recherche et de discussion :

 

  • AXE « PERSONNES » : La problématique énonciative,  une question aussi vieille que les premiers traités de Rhétorique, ne cesse de susciter des questions alléchantes à l’ère de la mondialisation et des nouvelles technologies de l’information et de la communication. Comment gère-t-on les marques de la subjectivité, du genre, de l’identité (individuelle ou collective) dans les écrits scientifiques ? Comment la singularité individuelle, l’oralité (la voix, le « bruire » de la parole vivante) et la performativité du langage quotidien s’inscrivent-elles dans le silence des différentes pratiques de l’écrit, notamment  dans le vaste environnement transculturel et plurisémiotique de l’Internet ? Comment circulent l’information, les savoirs ? Qui en sont les médiateurs (le blogueur, le voisin, la concierge, le biographe, le critique, l’éditeur, le chercheur, le journaliste, le copiste, le traducteur, etc.) et qu’est-ce qu’ils font, comment agissent-ils sur les discours qu’ils rapportent et sur leurs interlocuteurs ?  La circulation des discours n’est pas un phénomène plus ou moins mécanique de propagation de mots ou d’idées mais de quelque chose de vivant et d’agissant, à la fois transitif et génératif, mobilisant les savoirs, les comportements et les émotions de personnes concrètes, ancrées dans des lieux et des temps spécifiques.

 

  • AXE « TEMPS » : Le temps est, sans aucun doute, l’une des limites les plus aventureuses du dit. Plus on s’éloigne du présent vers le futur, plus vite le dit s’amenuise et devient du non-dit, en s’acheminant vers la conjecture, vers l’inconnu, qui sait peut-être aussi vers l’oubli, si jamais Platon avait raison. Sachant que tout discours est, inéluctablement, fait de passé, du déjà dit (Bakhtine), comment rendre compte du jamais-dit, de l’encore-non-dit, de l’à-dire, bref des différentes formes du non-dit : discours indicibles, (im)possibles, imaginés, anticipés… ? La question de savoir si le discours est forcément quelque chose de « déjà-dit » et de « dicible » n’est pas triviale, car elle mobilise les frontières de l’authentique et de l’artificiel, du légitime et du délictueux, du vrai et du faux aussi bien que celles du réel et du fictif. Les non-dits, contrairement aux implicatures, demandent une révision des contrats ordinaires de communication, notamment  dans des échanges non coopératifs.

 

  • AXE « LIEUX » : Les lieux des discours (les couloirs, le restaurant, la salle de classe, l’amphithéâtre, la bibliothèque, le musée, etc.) ne sont pas que des espaces qui accueillent les discours. Ils sont beaucoup plus que le cadre nécessaire au repérage déictique ; ils font plus que participer au sens de ce qui est dit: ce sont en quelque sorte les moules du discours, ils prédéterminent la nature de l’échange, le degré d’entente, le degré de l’effort coopératif, ils contribuent à la fixation des genres de discours, en marquant des régularités dans les rapports de quantité, de pertinence, de manière et de la qualité du dit. Les lieux contribuent au prestige et à l’autorité du discours autant qu’ils peuvent le libérer de toute responsabilité, en lui assurant, selon les cas, une diffusion large ou réduite, durable ou momentanée. Quels sont les espaces favorables à la circulation des discours et comment déterminent-ils la circulation elle-même ?

 

  • AXE « OBJETS » : A quel point la matérialité physique du support du discours (un livre, un mur, une serviette de table, le corps humain, etc.) détermine le type d’interaction (les rapports intergénérationnels, sexuels, etc.), le discours lui-même et/ou son interprétation ? On sait que tout discours comporte une part de plurisémioticité, mais on est encore loin d’avoir systématisé les rapports qu’entretiennent les parts verbale et non verbale (y compris la matérialité du support). Quelles difficultés techniques posent les pratiques discursives faisant appel à plusieurs sens ? Quelles compétences socio-cognitives mobilisent les différents artefacts ? S’intéresser aux matériaux comme instruments naturels ou artificiels conçus pour produire, conserver, exhiber, diffuser, analyser des discours, oraux ou écrits, oblige à quitter les corpus canoniques tels que le papier ou le livre, c’est-à-dire fondés sur la seule matérialité langagière, pour explorer des corpus plus inédits aussi bien que des vecteurs de circulation du discours à la fois matériels (un tee-shirt, une voiture, etc.) ou virtuels (internet). Ce qui nous concerne également ici, ce sont les fonctions émotive et esthétique du discours, ainsi que les effets de sens obtenus non pas par l’acte de dire mais par la mise en forme du discours.

 

 

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